L’angoisse « normale » en expatriation vs le traumatisme en expatriation

On est d’accord, partir en expatriation c’est se jeter dans l’inconnu. Quel que soit le pays, quelle que soit la ville. Reconstruire une vie sociale, s’adapter aux coutumes locales, découvrir de nouveaux goûts, et j’en passe.

Dans le déroulement de la vie d’expatriés, arrive fréquemment un moment (avant de partir, avant de rentrer, …) où l’angoisse de l’imprévu, l’angoisse du mauvais choix surgit. Généralement, au bout de quelques semaines de réflexion, de discussions avec des personnes ayant vécu la même situation, l’angoisse disparait.

Mais quand l’expatriation se transforme en une expérience traumatisante… on en parle?

Alors, oui, j’ai un peu d’expérience en la matière…

-> 2011, Fukushima: vous vous souvenez de cet énorme tremblement de terre au Japon qui a provoqué un tsunami qui a provoqué le dysfonctionnement d’une centrale nucléaire qui a provoqué une panique absolue ? J’étais là…

-> 2020, Chine : nouveau coronavirus. J’étais là aussi…

Alors bien heureusement je ne suis pas de toutes les catastrophes. Et malheureusement, je ne suis pas la seule à les vivre. Mais ces deux expériences me donnent matière à réflexion. Déjà parce que lors de la première, je n’avais pas d’enfant. Je n’avais que moi à gérer et l’entreprise s’occupait très bien des employés et de leurs familles. Nous n’avions pas vraiment de décision à prendre. Contexte complètement différent pour la seconde: deux jeunes enfants, pas d’accompagnement de la part de l’entreprise.

Les enfants dans tout cela?

Ne pas avoir à prendre de décision pour les autres, c’est tellement confortable. Je reste ou je pars? cela n’engage que moi. A l’époque je me disais, ceux qui ont des enfants, leur choix est évident : il faut partir! Et alors que je suis maintenant dans cette situation, il m’a fallu un peu de temps pour prendre la décision. Nous sommes finalement partis.

Parce que rapatrier ses enfants du jour au lendemain, cela n’est pas sans conséquence.

On dit, les enfants s’adaptent facilement, ils sont des éponges… Ce n’est pas si vrai. En apparence oui. En réalité non. Un enfant qui doit quitter sa maison du jour au lendemain sans prendre le temps de se préparer, avec des explications un peu bancales de la part des parents, cela n’est pas anodin. Ce n’est pas grave, attention, je ne dis pas cela. Je dis simplement qu’il ne faut pas prendre cela à la légère, qu’il faut expliquer, rassurer. Pas forcément facile lorsque nous sommes nous mêmes dans l’attente d’information, et que nos émotions sont chamboulées, et que l’on n’a pas de visibilité.

Alors oui, les enfants peuvent voir leur maman (ou leur papa ou les deux !) pleurer en douce, s’inquiéter en essayant de donner le change, craquer car la pression est trop forte. Mais si on leur explique, ils comprennent. ils aident même. Quel que soit leur âge.

Partir ou rester?

Et que penser de ce comportement qui consiste à quitter son pays d’accueil alors qu’il est dans une situation vraiment difficile? Quel message transmet-on à nos enfants?

Là aussi la question se pose. Et il n’est pas question de juger ou de fustiger ceux qui font le choix de partir.

Plusieurs éléments de réflexion: en restant, est-ce que nous sommes d’une quelconque aide aux populations locales ? est-ce que nous ne sommes pas au contraire une épine dans le pied des locaux qui prennent des décisions (et qui doivent toujours se poser la question du cas particulier des expatriés) ? est-ce que dans le cas d’une pénurie (de masques par exemple, ou bien alimentaire), ne vaut-il mieux pas ne pas se rajouter à la population locale? a-t-on le droit de faire prendre un risque physique ou psychologique à nos enfants qui n’ont pas choisi de partir en expatriation?

Et puis d’un autre côté: est-ce qu’en quittant le pays, on ne s’enfuirait pas comme des lâches, abandonnant ceux qui ne peuvent pas partir à leur propre sort? est-ce qu’on n’envoie pas le message selon lequel on a bien profité , mais maintenant que c’est difficile, ciao?

Il n’y a pas de réponse nette et tranchée.

Il faut choisir son camp. Et la meilleure manière de faire, c’est de suivre sa conscience. Evidemment la famille restée en France nous presse de rentrer, évidemment de voir ses collègues de travail décider de rester nous met la pression pour rester…

Il n’y a que nous qui pouvons faire ce choix. Et comme tout choix, cela implique de se poser les bonnes questions, NOS bonnes questions. Pas celles des autres.

Alors, bravo à ceux qui restent…Et bravo à ceux qui partent. Parce que dans les deux cas, le choix a été difficile.

Conclusion?

A ceux qui disent que la vie en expat, c’est facile. Et bien, j’aurais envie de répondre simplement… « pas toujours! »